À la « Hune »

2010-06-02

INTERVIEW D’ETIENNE BOURGOIS, CO-DIRECTEUR DE TARA OCEANS ET PRESIDENT DU FONDS TARA

Nous sommes presque à la fin de la première année d’expédition, qui va durer trois ans. Un premier bilan ?
La mission est un succès.


Nous avons tenu le planning de ces neuf premiers mois, qui était pourtant extrêmement serré. L’activité scientifique bat son plein. Le programme pédagogique est lancé. Thalassa nous a suivi et accompagné en Mer Méditerranée, mer Rouge et Océan Indien.
Tara a besoin maintenant de faire une escale technique qui va durer un mois et demi au Cap (Afrique du Sud) entre le 15 juillet et fin aout. Cela va lui faire beaucoup de bien ! En effet le rythme très soutenu de l’expédition permet de faire des réparations à bord quand elles sont nécessaires mais non pas d’entretenir le bateau véritablement.
Au programme de cette escale sud africaine : une révision entière de tous les systèmes avec notamment une révision des moteurs, des groupes électrogènes, des batteries et une nouvelle voile pour affronter les mers du Grand Sud.

Et la science ?

En matière de science, nous ferons un bilan important d’étape le 2 juin au CNRS avec Eric KARSENTI, co-directeur de Tara Oceans.
Le nombre de stations de prélèvements, est un peu moins important que prévues, principalement à cause des risques de piraterie et de la mauvaise météo. Mais globalement nous sommes satisfaits avec près de 60 stations à notre compteur ce qui représente un nombre colossal de données.
Le matériel scientifique fonctionne bien à bord même si deux appareils prototypes (le SPIM et le cytomètre de flux) nécessitent encore la présence spécifique d’experts.

Les escales ont aussi été des moments forts lors de cette première année…

Les escales, organisées grâce au concours du Ministère des Affaires Etrangères, sont des moments magiques. Il s’agit aussi ici de la mission de Tara : rencontrer les scientifiques locaux, sensibiliser les enfants des pays traversés, montrer les films sur notre mission, échanger avec le public, sensibiliser d’autres pays à l’environnement grâce au bateau, aux équipes etc... Par exemple, il y a encore quelques jours à Madagascar, Hervé BOURMAUD, capitaine de Tara a reçu  « une bouteille à la mer » géante comportant de nombreux messages où les enfants ont pu exprimer leurs craintes sur l’avenir de la planète.

Qu’est ce qui vous a marqué lors de votre venue sur Tara à la Réunion il y a quelques jours ?

Sur Tara c’est une ruche infernale ! Toute l’équipe s’active en permanence. Quel plaisir de voir des personnes aussi différentes travailler pour un seul et même projet. Je voudrais d’ailleurs remercier toutes ces personnes qui se donnent à fond pour Tara Oceans.
J’ai pu notamment faire le point avec Hervé BOURMAUD sur les travaux qui seront menés en Afrique du Sud. Et j’irai au Cap en septembre pour les encourager à l’occasion de ce « deuxième » départ pour la deuxième année d’expé.

Qu’est ce que nous réserve cette deuxième année justement ?

Le rythme va être très différent. Les escales ne seront plus hebdomadaires mais mensuelles. Nous allons traverser les eaux chaudes du Brésil, les eaux glacées de l’Antarctique. Nous allons naviguer dans des zones bien plus hostiles.
D’un point de vue scientifique nous aurons aussi plus de temps pour la recherche.
Nous allons également inviter des artistes à bord. Et puis nous allons pouvoir découvrir les premiers documentaires sur la mission.

Qu’est ce qui est satisfaisant dans cette première année d’expédition ?

Quel défi d’avoir monté un tel projet en si peu de temps ! Je vois au quotidien l’exaltation des scientifiques notamment par le biais d’Eric KARSENTI avec qui je travaille en toute cohésion. Tout laisse présager que la science repousse ses frontières avec Tara Oceans. C’est un pari de mélanger tant de domaines scientifiques différents.
 
Nous sommes aussi partenaires avec le Ministère de l’Ecologie qui a fait de Tara l’un des membre du "Club des explorateurs".
Même si nous sommes dans les budgets prévus, le seul bémol est qu’il nous manque encore des financements. Malgré le fort engagement, pour ne citer qu’eux, du Fonds agnès b., de la Fondation Veolia, de la Fondation EDF Diversiterre, de la Communauté d’Agglomération du Pays de Lorient, de la Région Bretagne, de World Courrier, du CNRS, de la FRB et de l’EMBL et de tous nos partenaires techniques.

Quel est le sens de votre partenariat avec le Programme des Nations Unies pour l’environnement ?

Il nous soutient de manière institutionnelle mais nous souhaitons renforcer d’avantage ce partenariat. Notamment pour collaborer lors d’évènements comme la Journée Mondiale de l’environnement ou la Journée Mondiale des Océans qui aura lieu le 8 juin.

Y a t-il des points d’amélioration dans cette mission ?

Oui nous ferons le bilan cet été de tous les domaines de l’expédition. Nous verrons ce qui a marché et moins marché. Nous cherchons l’excellence donc nous déciderons des améliorations à apporter.

Qu’est ce qu’on peut souhaiter à Tara ?

Bon vent d’abord et de bonnes conditions ! Car la sécurité des hommes et du matériel est ma priorité. Puis je nous souhaite une flopée de stations, une kyrielle de prélèvements et des millions de personnes et de jeunes qui s’intéressent d’avantage à l’environnement !


Site web de Tara Expéditions